Quelle est la différence entre un pull en Cachemire à 800€ et 150€ ?

Sur Reddit, je suis tombée par hasard sur une question très intéressante et deux réponses intéressantes (source Reddit). Je vais vous les traduire ci-dessous. J’espère que ca vous sera utile pour comprendre pourquoi certains pulls en cachemire coûtent plus de 2000 euros et d’autres sont à moins de 100 euros. A part une question de marketing, y-a-t-il une question de qualité ?

Question : Il existe des pulls en cachemire à environ 800 dollars et de nombreux pulls à 150 dollars. Les modèles les plus chers ne peluchent pas, les poils de chien/chat ne s’y accrochent pas, quelle que soit leur utilisation. Pourquoi ? Quels critères peuvent permettre de reproduire cette qualité sans payer le prix fort d’une marque prestigieuse ?

Réponse du premier internaute :

Ohhh, je peux répondre à ça. Je travaille avec des tissus et des fibres de luxe haut de gamme. Les principales différences entre un pull en cachemire à 50$ chez TJ Maxx et un pull en cachemire à 800$ ou plus résident dans :

  1. la longueur des fibres
  2. leur diamètre
  3. l’écart-type de ces deux caractéristiques
  4. l’âge de la chèvre
  5. et la zone de son corps d’où les fibres ont été prélevées.

La longueur des fibres et son écart-type sont les facteurs principaux qui déterminent si un pull va boulocher. D’autres éléments, comme la texture, le torsion ou l’ondulation des fibres, peuvent aussi jouer un rôle, mais si l’on considère uniquement le cachemire, ces facteurs devraient être relativement similaires.

La longueur des fibres correspond à celle d’un poil individuel utilisé pour former un fil, qui sera ensuite tricoté en pull. Plus les fibres sont longues, moins le pull risque de boulocher. Les pulls en cachemire moins chers (généralement en dessous de 500$, ou même 1000$ pour des marques populaires comme Gucci ou Chanel) sont souvent fabriqués avec des fibres courtes ou un mélange de fibres longues et courtes, ce qui entraîne un écart-type élevé de la longueur des fibres. Ces pulls boulochent jusqu’à ce que toutes les fibres courtes aient été éliminées par friction, après quoi, le pull devrait boulocher beaucoup moins.

Un autre critère important de qualité est le diamètre des fibres, souvent exprimé en microns. Par définition légale, le diamètre moyen du cachemire ne peut pas dépasser 19 microns, mais cela reste une moyenne. Les pulls de moindre qualité contiennent souvent des fibres avec des diamètres supérieurs. Plus le diamètre est faible, plus le cachemire sera doux au toucher. Les bons cachemires ont un écart-type faible et un diamètre moyen inférieur à 19 microns, idéalement entre 12 et 17 microns, comme c’est le cas pour le cachemire provenant de la région du cou d’une jeune chèvre adulte.

L’âge de la chèvre et la zone où les fibres sont prélevées sont également des facteurs essentiels. Les chèvres plus jeunes produisent des fibres au diamètre plus faible, offrant un cachemire plus doux et plus délicat. Les fibres provenant du cou sont les plus fines et de la meilleure qualité. Ainsi, les meilleures fibres proviennent du cou de chèvres en bas âge (moins de 2 ans) et sont soigneusement sélectionnées pour leur faible écart-type en termes de longueur et de diamètre, avec des fibres longues et fines.

Je n’ai jamais entendu parler d’une différence liée aux poils de chien/chat (qui s’accrochent aux pulls), mais cela pourrait être lié à la friction exercée sur les fibres courtes qui dépassent légèrement. Ces poils courts, responsables des bouloches, augmentent également la friction, ce qui peut expliquer que les poils de chien adhèrent plus facilement. En conclusion, les bouloches et les poils de chien/chat qui collent sont principalement dus à un écart-type élevé de la longueur des fibres individuelles, ce qui permet aux fibres courtes de se détacher plus facilement du vêtement et de former des bouloches. Ces fibres courtes qui dépassent légèrement (invisibles à l’œil nu mais visibles sous grossissement) augmentent la friction et facilitent l’adhésion des poils de chien.

(Pour info, je considérerais un pull en cachemire à 800$ comme étant de « moyenne gamme  » à « bas de gamme » dans la catégorie du « cachemire haut de gamme ». Tout ce qui est vendu dans les enseignes de prêt-à-porter grand public – Uniqlo, Zara, Topshop – est de qualité médiocre comparé à quelque chose comme le baby cachemire de Loro Piana.)

(À noter : tout ce que j’ai lu ici jusque-là sur le sujet est faux. Le nombre de plis (ply) d’un pull n’a pas vraiment d’importance. Plus de plis ne signifie pas une meilleure qualité. C’est essentiellement un argument marketing pour vendre du cachemire de mauvaise qualité. Dans les vrais cachemires haut de gamme, le nombre de plis est juste un indicateur de l’épaisseur ou de la chaleur du pull.

De plus, « cachemire » est un terme légal qui se réfère au diamètre moyen et à une race spécifique de chèvre, sans prendre en compte sa localisation géographique. Cela signifie que beaucoup de cachemires bon marché sont techniquement du vrai cachemire pour éviter des poursuites, même si leur qualité est mauvaise. (Les faux cachemires existent, mais ils viennent généralement d’Alibaba ou d’Amazon, comme les écharpes « made in Scotland » à 20$, et non des pulls TJ Maxx à 50 $.)

Si vous cherchez du cachemire haut de gamme, la meilleure option reste l’occasion ou les revendeurs de seconde main. J’ai trouvé de superbes pulls en cachemire de 1000 à 3000 $, soit légèrement portés, soit neufs, pour moins de 100$. Ces trouvailles sont rares et il faut connaître les bonnes marques et même les décennies où elles produisaient de la qualité. Mais cela existe. Je suis désolé, mais il n’y a pas de solution miracle pour trouver cette qualité neuve à bas prix (<500 $). Il y a bien deux marques dans la gamme des 200-300 $ que je trouve acceptables (ndlr: il ne veut pas les citer), mais dans presque tous les autres cas, ce prix n’est pas synonyme de qualité.


Un autre internaute commente (je partage la traduction mais je ne sais pas si ses propos sont justifiés) :

En tant que personne ayant travaillé avec des éleveurs en Mongolie sur un projet visant à améliorer leurs revenus provenant du cachemire :

Le cachemire haut de gamme est peigné à la main, ce qui permet d’obtenir des fibres plus longues. Concrètement : s’asseoir, prendre un jeune chevreau, commencer à le peigner, retirer les poils du peigne, continuer à peigner. Puis passer au chevreau suivant. C’est un processus très chronophage et laborieux, traditionnellement réalisé par des femmes et des filles. Les fibres sont collectées dans des sacs en coton, que les éleveurs doivent acheter (ils récupèrent leur argent s’ils rapportent les sacs, (mais certains éleveurs sont des pasteurs de subsistance vivant avec 3 dollars par jour). Les grandes maisons de mode ont des contrats directs avec des collecteurs travaillant uniquement avec certains éleveurs sélectionnés. Le cachemire est ensuite transporté par avion vers l’Italie pour être transformé.

Le cachemire bon marché est tondu sur des chèvres plus âgées. On attrape une vieille chèvre, on la tond mécaniquement, et c’est terminé. Peu importe si la longueur de fibre n’est que de moitié par rapport à celle démêlée à la main. C’est du cachemire. Ce cachemire est ensuite mis dans de grands sacs en plastique (type sacs Ikea). Peu importe si des fibres plastiques s’y mélangent ? C’est du cachemire, non ? Mais ces fibres plastiques n’absorbent pas la teinture. En observant votre pull « bon marché » à 150 dollars au microscope, vous verrez de nombreuses petites fibres blanches : ce sont des fibres plastiques. Les collecteurs rassemblent le cachemire bon marché des éleveurs, le mélangent, puis l’acheminent par camion en Chine pour être transformé, tissé et converti en pull.

[ndlr: légalement, les marques ont droit à un certain % d’erreur. Un pull indiqué 100% cachemire peut effectivement contenir quelques petits % d’autres choses et c’est tout à fait légal]

Le cachemire n’est pas une culture durable. Les éleveurs mongols abandonnent progressivement l’élevage traditionnel de moutons pour se tourner vers l’élevage de chèvres. Les moutons sont destinés à la viande, les chèvres à cachemire sont une culture commerciale. Le nombre de moutons est limité par la consommation de viande. À un certain point, les prix s’effondrent et les éleveurs réduisent leurs troupeaux. Pour le cachemire, il n’y a pas de limite.

Cette pratique peut être bénéfique pour les agriculteurs pauvres, mais désastreuse pour les pâturages. Avec le changement climatique, la Mongolie se transforme progressivement en désert.

[ndlr : plus d’infos ici https://www.fondationbiodiversite.fr/le-cachemire-a-petits-prix-un-commerce-qui-coute-cher-aux-ecosystemes-mongols/]

Mon conseil : évitez d’acheter un pull en cachemire à 150 dollars. Ce n’est pas une option recommandable.

[ndlr: ses remarques concernant la Mongolie. Pour la Mongolie Intérieure (Chine), il est possible que les règles soient encore plus flexibles].


Question : Le cachemire d’une certaine longueur (staple) et d’un certain diamètre (micron) est-il vraiment différent d’autres fibres animales de taille équivalente ? Le mérinos et certaines races similaires de moutons atteignent la même plage de microns, et même si je ne l’ai pas mesuré, ce fil de laine de yak que j’ai à côté de moi est extrêmement doux.

La différence significative réside dans la texture de la fibre. Si vous observez des fibres de même longueur (staple) et de même diamètre (micron) au microscope, certaines apparaîtront très lisses, tandis que d’autres auront de petites aspérités, des courbures ou même une texture en zigzag. Ces caractéristiques influencent la façon dont la fibre se comporte lorsqu’elle est filée et comment elle se positionne une fois tricotée et portée pendant un certain temps. Pensez à l’angora, qui est très lisse et glissant, avec peu de friction. Cela permet aux fibres de se détacher facilement du fil, créant ainsi le célèbre « flou » caractéristique des pièces en angora. La laine de yak, quant à elle, peut atteindre un diamètre inférieur à celui du cachemire. Si elle est particulièrement fine, elle peut descendre à 15-17 microns.


Je vous invite à regarder d’autres reportages qui datent un peu :

Anh est toujours très occupée à profiter de jolies choses, et à fabriquer de petites bricoles de ses propres mains. **** Hi, my name is Anh. I am a Vietnamese-French DIY passionate, beauty lover and cosmetic tester.

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